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Kinésiologie

Kinésiologie : est-ce dangereux ? Ce qu’il faut savoir avant de prendre rendez-vous

Une séance de kinésiologie repose surtout sur des tests musculaires légers, et le risque physique est faible. Le danger est ailleurs. En 2017, l’Inserm a conclu que la kinésiologie n’a pas prouvé son efficacité, et la Miviludes la cite dans ses publications sur les dérives. Le vrai risque, c’est de retarder un soin ou de tomber sous l’influence d’un praticien.

Lecture : 8 minRédigé avec l’aide d’une IA
2017
Évaluation de l’Inserm, à la demande du ministère de la Santé
80 sur 151
Bonnes réponses du test musculaire dans une étude en double aveugle (2014)
10 mai 2024
Loi qui punit la provocation à abandonner un traitement

Pourquoi on lit à la fois « formidable » et « secte »

En bref

Tapez « kinésiologie avis » : vous tombez sur des témoignages enthousiastes et, juste en dessous, sur des alertes aux dérives sectaires. Les deux existent. Nous vous donnons les deux, sources à l’appui, pour que vous puissiez juger par vous-même.

Beaucoup de gens sortent d’une séance détendus, avec le sentiment d’avoir été écoutés, et n’en gardent qu’un bon souvenir. De leur côté, des autorités publiques ont relevé des cas graves. Il n’y a pas de contradiction : tout dépend surtout du praticien, et de ce qu’il fait du test musculaire.

Ce qu’a conclu l’Inserm en 2017

En bref

En 2017, à la demande du ministère de la Santé, l’Inserm a évalué la kinésiologie. Sa conclusion : ni la kinésiologie appliquée ni les kinésiologies dites énergétiques n’ont fait la preuve de leur efficacité. Quant au test musculaire, il n’a fait la preuve ni de sa reproductibilité ni de sa validité diagnostique.

L’Inserm distingue deux familles : la kinésiologie appliquée « professionnelle », utilisée surtout par des professionnels de santé, et les kinésiologies « énergétiques », les plus répandues en France. Sur l’efficacité, il n’a trouvé que deux essais contrôlés randomisés. C’est trop peu pour conclure.

« Pas de validité diagnostique », en clair : le test ne dit rien de fiable sur votre santé, et deux praticiens peuvent obtenir des résultats différents sur la même personne.

Le rapport appelle aussi à la vigilance, en particulier pour les kinésiologies énergétiques, à cause du risque de mise sous emprise.

Une étude américaine publiée en 2014 montre bien le problème. 51 personnes tenaient deux flacons identiques en apparence : l’un contenait de l’eau salée, l’autre un produit toxique. Personne dans la pièce ne savait lequel était lequel. Sur 151 séries de tests, le flacon toxique a été reconnu 80 fois, soit 53 %. C’est à peine mieux que le hasard.

L’histoire du test musculaire est racontée dans notre article sur la kinésiologie appliquée et ses limites.

Pourquoi la Miviludes cite la kinésiologie

En bref

La Miviludes surveille les dérives sectaires pour le compte de l’État. Son guide « Santé et dérives sectaires », paru en 2018, consacre un passage à la kinésiologie. Son rapport d’activité 2022-2024 la cite parmi les pratiques non éprouvées proposées à l’école, et rapporte une affaire judiciaire impliquant un père devenu kinésiologue.

Dans cette affaire, un nourrisson est mort de dénutrition. Ses parents appliquaient des règles alimentaires strictes ; le père était devenu kinésiologue et adepte des médecines alternatives. Le guide de 2018, lui, relate des affaires où des personnes malades ont été éloignées de leur traitement.

Cela ne veut pas dire que chaque kinésiologue est dangereux. Mais la pratique réunit des conditions qui facilitent les abus. N’importe qui peut porter le titre. Le résultat du test dépend de celui qui le fait passer. Et les séances touchent souvent à l’intime : émotions, souvenirs, famille.

Où sont les vrais risques

En bref

Le plus grave, c’est de retarder un diagnostic ou un traitement parce qu’un test musculaire a « indiqué » une intolérance ou l’origine d’un symptôme. Viennent ensuite l’emprise, les faux souvenirs et l’argent. Depuis le 10 mai 2024, pousser quelqu’un à abandonner un traitement nécessaire est un délit.

Retarder un soin. Un résultat de test peut vous détourner d’un vrai examen. L’article 223-1-2 du Code pénal, créé par la loi du 10 mai 2024, punit la provocation à abandonner ou à ne pas suivre un traitement quand cela expose à un risque grave.

L’emprise. Elle s’installe sans bruit : des séances de plus en plus rapprochées, un praticien qui devient le seul à « vraiment vous comprendre », des conseils qui vous éloignent peu à peu de vos proches.

Les faux souvenirs. Certaines séances cherchent l’origine d’une difficulté dans l’enfance ou dans la famille. Or, rappelle la Miviludes, des techniques comme la psychogénéalogie ou les thérapies dites énergétiques peuvent faire naître le souvenir d’un événement qui n’a jamais eu lieu. Un souvenir « retrouvé » de cette façon ne prouve rien, et il peut abîmer des liens familiaux.

L’argent. Des forfaits longs à payer d’avance, des produits vendus après un test musculaire.

Les signaux d’alerte pendant une séance

En bref

Arrêtez et prenez du recul si le praticien vous annonce un diagnostic, vous conseille de réduire un traitement, critique vos proches, vous pousse à payer d’avance ou vous vend des produits après le test. Un kinésiologue n’est pas un professionnel de santé.

Prenez du recul si le praticien :

  • vous annonce une maladie, une carence ou une allergie à partir du test musculaire ;
  • vous conseille de réduire ou d’arrêter un traitement, ou de ne pas voir votre médecin ;
  • vous dit que vos proches « bloquent » votre évolution ;
  • vous fait revenir à un rythme qui vous met mal à l’aise, ou vous demande de payer plusieurs séances d’avance ;
  • vous vend des compléments ou d’autres produits après le test ;
  • vous présente un souvenir d’enfance comme une vérité découverte pendant la séance ;
  • se présente comme kinésithérapeute, ou laisse planer le doute.

Kinésiologue et kinésithérapeute, ce n’est pas le même métier : notre article kinésiologie ou kinésithérapie explique la différence.

Si vous voulez essayer quand même

En bref

C’est votre choix, et pour beaucoup de gens la séance se passe simplement, sans histoire. Gardez votre traitement, demandez au praticien sa formation, fixez-vous une limite de séances et de budget. Et souvenez-vous que vous pouvez toujours refuser un geste ou une question.

Quelques précautions pour que l’expérience reste sûre :

  • si vous êtes suivi pour une maladie, parlez-en à votre médecin et gardez votre traitement ;
  • demandez au praticien sa formation, sa durée, et s’il est déclaré (numéro SIRET) ; notre guide pour vérifier la formation d’un praticien détaille ces vérifications ;
  • fixez-vous une limite de séances et de budget avant de commencer ;
  • vous pouvez refuser un geste, une phrase à répéter ou une question trop intime ;
  • si vous consultez pour un enfant, restez présent et parlez-en d’abord à son médecin.

Vous voulez savoir comment se déroule une séance ? C’est expliqué sur notre page kinésiologie.

Que faire si quelque chose vous inquiète

En bref

Un praticien vous a conseillé d’arrêter un traitement ? Parlez-en tout de suite à votre médecin. Vous pensez qu’un proche est sous l’influence d’un praticien ? La Miviludes reçoit les signalements. Une promesse de guérison ou un forfait abusif se signale sur SignalConso.

Le formulaire de signalement de la Miviludes se trouve sur son site (miviludes.interieur.gouv.fr). SignalConso (signal.conso.gouv.fr) transmet à la DGCCRF les signalements de pratiques commerciales trompeuses.

Questions fréquentes

La kinésiologie est-elle une secte ?

Non : la kinésiologie est une pratique, pas une organisation. Mais la Miviludes la cite dans ses publications sur les dérives, et l’Inserm appelle à la vigilance. Le risque dépend du praticien, d’où l’intérêt de connaître les signaux d’alerte décrits plus haut.

La kinésiologie est-elle reconnue en France ?

Non. Ce n’est pas une profession de santé, le titre de kinésiologue n’est pas protégé, et l’Assurance Maladie ne rembourse pas les séances.

Est-ce que la kinésiologie fonctionne ?

En 2017, l’Inserm n’a pas trouvé de preuve de son efficacité, et le test musculaire ne s’est pas montré fiable. Certaines personnes trouvent la séance apaisante. C’est un ressenti, pas la preuve d’un effet sur la santé.

Une séance peut-elle faire du mal physiquement ?

Les gestes sont en général légers, et le test se fait en principe sans douleur. Le risque est surtout indirect : un conseil qui vous éloigne d’un soin dont vous avez besoin.

Sources

  1. Inserm, « Évaluation de la kinésiologie appliquée et des kinésiologies énergétiques », 2017
  2. Miviludes, « Guide Santé et dérives sectaires », mars 2018 (passage « La kinésiologie »)
  3. Miviludes, rapport d’activité 2022-2024 (avril 2025), sur Vie publique
  4. Schwartz S.A. et al., « A double-blind, randomized study to assess the validity of applied kinesiology (AK) as a diagnostic tool », Explore, 2014
  5. Code pénal, article 223-1-2 (loi n° 2024-420 du 10 mai 2024)
  6. SignalConso, signaler un problème à la DGCCRF

Pour aller plus loin